Photographie ancienne en noir et blanc de quatre personnes, deux hommes et deux femmes, avec des enfants, dans un environnement extérieur."CORDOBA" écrit en texte noir au centre de l'image.

‘CORDOBA’

(roman | en écriture)

Couverture d'un livre ou d'un document avec une photo en noir et blanc de deux personnes, un homme âgé avec des cheveux blancs et lunettes, et une jeune femme avec un bonnet, en plein air avec des arbres en arrière-plan. Texte en français : 'ACCOMPAGNÉ, Jean-Luc Godard'.

‘ACCOMPAGNÉ, JEAN-LUC GODARD’

(Ouvrage collectif d’entretiens aux Editions de l’oeil | prochainement)

  • SC. — Les gestes et la voix étaient-ils travaillés comme une matière ?

    Oui, encore une fois comme Hitchcock, Godard dirigeait ses acteurs avec une grande précision, dans un abandon total au geste pur, privé de passion.

    SC. — Et de cette méthode, va se dégager quelque chose de soi.

    Effectivement. Nous étions tellement à la mercie de cette décomposition mécanique, qu’inconsciemment, nous dévoilions une part de nous-mêmes. À cet instant, c’est lui qui la saisit — ou non — tandis que nous restons dans un abandon total. Dans ces conditions, la caméra captait des moments de flottement ou de mise en regard hors de notre contrôle. Il s’agissait alors de ressentir la poésie de l’instant. Par exemple, pendant la scène que j’appelle mon ‘striptease à l'envers’ (au cours de laquelle j’enfile une tenue rétro que m’avait aidée à trouver une amie costumière, Noémie Veissier), la télé en arrière-plan diffusait une scène de baiser du film Les Neiges du Kilimandjaro [de Henry King de 1952 avec Gregory Peck et Ava Gardner, ndlr]. Le salon vibrait dans une cadence que je ressentais d’une extrême sensualité. J’étais portée par la musique du film, la voix d’Ava Gardner… Nous jouions en contrepoint du classicisme fluide du film de King. Notre musique contemporaine à nous fonctionnait par dissonances. Kamel se tenait hors champ, dans l’obscurité derrière la caméra, et Godard, lui, nous donnait ses tops discrets, le doigt levé, comme un chef d’orchestre.

    Je ne pouvais être que dans l’instant. Rien de psychologique, juste une sensation pure, au cœur d’un labyrinthe de mots. Souvent, je pressentais que nous ne pourrions percevoir cet assemblage d’abstractions qu’à l’écran, une fois le film fini. Le texte qu’il nous délivrait en morceaux épars était comme un puzzle. Il ne nous permettait pas d’anticiper l’effet que produirait son montage. Et puis, je ne pouvais pas me figurer toutes les surprises visuelles et sonores que nous offrirait la 3D. Il y avait deux mouvements : d’une part, Godard construisait son film au fur et à mesure, avec nous, et d’autre part, lui-même affirmait que son scénario n’apparaitrait qu’après le mixage. À ce moment-là seulement, il pourrait dire : "C’est ça que je voulais dire, c’est ça que je voulais faire."